Obsèques de Sœur Béatrice Rolland (01-07-2008)

vendredi 11 juillet 2008
par  admin

Sœur Béatrice nous a quittés le samedi 28 juin 2008 au terme d’une longue maladie. Ses obsèques ont été célébrées le mardi 1er juillet 2008, dans la chapelle de la Maison Mère de l’Union Chrétienne à Fontenay-le-Comte.

Ci-dessous les textes des différentes interventions au cours de la messe de sépulture :

♦ accueil, par Sœur Louise Nobiron, Supérieure générale de la Congrégation
♦ homélie du Père Paul Pouplin,
♦ au revoir de Nicole Tribot au nom des paroissiens et amis de Bures-sur-Yvette et des Ulis

♦ ces mêmes textes en version imprimable (format Pdf)



L’accueil, par Sœur Louise Nobiron, Supérieure générale de la Congrégation

Sœur Béatrice, ta famille, les Sœurs de la Congrégation (sans oublier les Sœurs des communautés de Sancoins et de l’île de la Réunion), le personnel et des résidants de la Maison de Retraite, la communauté paroissiale de Fontenay, t’entourent ainsi que tes amis d’ici et d’ailleurs et les Supérieures Générales de Congrégations.

- En 1960 tu entres en contact avec la Congrégation des Sœurs de l’Union Chrétienne lors d’une colonie de vacances de La Rochelle dans la région de Lourdes-Bartrès : les Granges.
- Le 28 février 1963 tu es accueillie ici-même et tu prononces ton premier engagement le 1er septembre 1965.
- Après deux années au service de la catéchèse à Fontenay, et des jeunes du Lycée Notre-Dame tu reçois trois missions successives de 1967 à 2008.

1 - La mission de la Congrégation dans le diocèse de Evry-Corbeil-Essonnes :
1967 - 1991 : la formation des jeunes et des adultes

Ta participation active à l’aumônerie du CES de Bures pendant 10 ans t’a mise en lien avec de nombreux jeunes et leurs familles. Certains sont parmi nous cet après-midi

Ton engagement dans le service "Église pour le monde", avec le Père François Creac’h, t’a conduite non seulement dans des paroisses de diocèses de France, mais aussi en Belgique, au Portugal, en Pologne. Tu as alors approfondi les textes majeurs de Vatican II.

Dans le même temps, la commune des Ulis sort de terre, à proximité de Bures, et tu reçois la mission de membre de l’équipe paroissiale de la paroisse Jean XXIII avec le Père Guy Labourel et le Père Genton, et ce de 1977 à 1989.

Pendant 24 ans, comme les Sœurs qui se sont succédées à la communauté, tu es ouverte à la rencontre, l’écoute, l’accompagnement des personnes, des familles, aux situations diverses.

2 - En 1991, la mission reçue au Chapitre Général :
la responsabilité de la Congrégation pour 2 mandats successifs
de 5 ans chacun.

De cette période je note :

♦ Ton investissement au service de la mission de la Congrégation. Tu découvres et approfondis avec bonheur l’enracinement de la Règle d’Union à Jésus-Christ qui nous caractérise, dans la spiritualité de St François de Salle, Bérulle, Olier, Jean Eudes.

♦ Tu es soucieuse de l’avenir des Congrégations à faible effectif et tu entraînes ton Conseil à participer aux sessions offertes par la Conférence des Supérieures Majeures de France. Les nombreuses rencontres suscitées par la CSM et ton engagement au bureau du groupe École Française de spiritualité t’ont donné la joie d’un riche réseau relationnel dont les courriers de ces jours témoignent.

♦ Tu accompagnes les Sœurs en Services communautaires du diocèse de Luçon. Avec ton dynamisme, tu as su leur faire prendre conscience de leur place dans leur communauté, leur quartier, leur paroisse.

♦ C’est aussi la période où une deuxième communauté est ouverte à l’Ile de la Réunion, à l’Entre-Deux.

3 - La fécondité missionnaire dépouillée, de St Trojan à Fontenay
2001 - 2008

L’envoi à la Communauté de l’île d’Oléron en septembre 2001 fut un nouvel arrachement après celui de Bures. Mais la liturgie, le journal paroissial, la création du réseau Internet paroissial te donnent la joie de servir et de créer des liens.

Les difficultés de santé apparues dès 1999 se confirment et s’identifient. La maladie fait son œuvre et en mars 2006, malgré l’attention fraternelle des Sœurs de la communauté, tu décides d’entrer à la communauté de la Maison Mère. Sr Béatrice nous t’écoutons dans cette lettre adressée à ta famille et tes amis et que tu m’as remise le 17 mars 2006 :

J’ai demandé à entrer à la Maison Mère, c’est une petite voix de "sagesse", une autre voudrait bien la couvrir, vous le devinez aisément… mais la Maison Mère est notre Maison de famille… nous y demeurons volontiers quand la santé nous y oblige… Sa fonction particulière est la prière et l’offrande… Le Seigneur me demande de graver ses paroles dans mon cœur. Je suis en paix…
Alors que mes jambes peinent à me porter, mes mains à écrire, que mon élocution a parfois des ratés, je rends grâce pour tout le vécu à Bures, aux Ulis, partout ou le Service "Église pour le monde" m’a envoyée, et bien sûr pour celui de la Congrégation : passé, présent et avenir.

En juin 2007, sollicitée par deux amies, tu écris :

Je consens à ce qui m’arrive... Toute cette dépendance me fait vivre mon vœu de pauvreté.
J’ai longtemps pensé que ma foi et ma consécration religieuse me suffiraient pour faire face à tout ce qui pourrait m’arriver…
Je n’ai pas connu de période de révolte. Je suis sûre qu’Il m’accompagne malgré son pesant silence. Oh ! Il me parle au travers de pas mal de médiations, mais comme je souhaiterais de temps à autre une relation plus directe.

Lorsque j’ai pris connaissance de ces deux documents j’ai mesuré un peu plus la profondeur de ton expérience spirituelle missionnaire. La prière d’Anne de Croze faisait son œuvre… Nous avons échangé par le regard, le silence et quelques mots. Oui je vis dans la paix et la sérénité, me dis-tu… c’est la présence dans l’absence. Expérience spirituelle qui se nourrissait de la Parole de Dieu, de la prière prolongée, de l’Eucharistie, de l’attention à ceux et celles que tu rencontrais : tes Sœurs, le personnel de la Maison Mère, puis de la Maison de Retraite, ta famille et tes amis de toujours.

Les 6 mois vécus en communauté à la Maison de Retraite ont été marqués par la journée de vendredi dernier, 27 juin : Eucharistie avec nous et participation l’après-midi à l’inauguration de l’extension de la Maison de Retraite Union Chrétienne.

Tu étais dans cette foule, au milieu de tes Sœurs, heureuse de rencontrer Mme Epiard, les membres fondateurs de cet établissement ouvert en 1995. Tu avais apprécié d’avoir été sollicitée pour accueillir les invités dans ta chambre lors de la visite. J’ai constaté à ce moment-là que la fatigue se faisait plus intense, fatigue reconnue par plusieurs d’entre nous. Cette étape était la dernière d’un vaste projet de restructuration dont tu étais à l’origine (en 1992) ; tu vois la réalisation de ce que tu avais entrevu, avec ton Conseil, dès le début.

Tu me disais lors de ma visite ce soir-là : Quel bel après-midi, tout le monde était heureux satisfait ; bonne préparation au prochain Conseil d’Administration.

Je garde ton regard et j’entends mes dernières paroles : "Sr Béatrice demain nous reparlerons de cette belle journée".

Demain… tu étais avec le Christ qui t’aime, que tu as aimé et que tu aimes, que tu as servi et que tu loues. Tu venais de vivre ta Pâque, le passage dans la plénitude de ta VIE de baptisée et de consacrée.

Tant de liens tissés tout au long de ta vie sont toujours vivants, nous en sommes témoins aujourd’hui.

Sr Béatrice toute notre gratitude pour ce testament que tu nous offres.

Sœur Louise Nobiron, Supérieure générale

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L’homélie du Père Paul Pouplin

Statue de la Sainte FamilleLe départ bien rapide de Sr Béatrice nous a tous affectés. Mais ce départ est aussi un appel pour nous, une parole du Seigneur pour nous éclairer sur notre chemin. En relisant la vie des personnes qu’on a bien connues et aimées, dans la lumière de la Parole de Dieu, on découvre de façon nouvelle l’amour du Seigneur lui-même, le mystère de sa croix, et le sens même de la vie consacrée.

1 – J’achève dans ma chair ce qui manque à la Passion du Christ, pour son corps qui est l’Église.

Lorsque Paul écrit sa lettre aux chrétiens de Colosse, qu’il n’a jamais rencontrés, il est sans doute en prison à Rome, et il souffre des divisions et des déviances qui affectent la communauté de Colosse. Il est habité par cette grande passion : faire découvrir le dessein du Père, l’amour du Christ et la valeur universelle de son mystère pascal. Christ est mort pour nous, il est ressuscité ! Et le baptême est l’événement capital qui nous a libérés du péché, de la Loi elle-même et de la mort. Alors pourquoi s’attacher à des théories et à des comportements qui n’ont rien à voir avec l’homme nouveau, ressuscité dans le Christ, l’homme d’une vie éternelle ?

Au cœur de cette vision du salut, se dresse la croix du Christ. Paul en a fait l’expérience : lui, le pharisien éclairé, l’universitaire pétri de doctrine juive et de culture grecque, qui méprisait ces juifs devenus chrétiens, il a été rencontré et bouleversé par le Christ, sur la route de Damas. Il a découvert alors que c’est la croix du Christ qui nous sauve, que c’est la résurrection du Christ qui apporte le salut au monde. Alors, il tient pour nuls les titres de gloire de son passé. Seule demeure cette foi et cette espérance : la croix du Jésus, folie pour les savants, sagesse pour les disciples du Christ.

La croix du Christ, c’est la gloire de Dieu, incarnée et offerte pour notre vie. Paul l’éprouve, à la fois dans sa chair et dans sa mission d’apôtre. Car l’apôtre est destiné à accomplir la Parole, comme il dit lui-même ; et par le fait il est destiné à subir jusqu’au bout les détresses du Christ, angoisses, persécutions, faiblesses. Le Christ a subi ces épreuves et les a offertes sur sa croix. Rien ne manque aux épreuves du Christ, mais l’apôtre doit lui ressembler et prendre le relais, pour ainsi dire, de l’offrande de sa croix, pour que grandisse son Corps qui est l’Église. Paul ne cherche pas les souffrances et ne professe pas une spiritualité doloriste ; c’est une spiritualité missionnaire qu’il avance : annoncer l’évangile, le vivre au quotidien, c’est s’unir à la croix du Christ, pour que vive l’Église.

Dans cette lumière, la vie et la mort de Sr Béatrice prennent tout leur sens. Elle a connu la croix de tout responsable, qui doit prendre des décisions coûteuses, accepter des échecs, des façons de voir la vie et l’avenir de la congrégation que tous ne partagent pas forcément ; épreuves de voir l’affaiblissement et le vieillissement de l’Institut et la diminution de ses moyens devant les appels de la mission.

Et voilà que cette croix de la vie apostolique devient un jour la croix dans sa propre chair : une santé compromise, capacités et personnalité diminuées, dans ses qualités d’intelligence et d’organisation, ce goût de la conduite et du service d’une communauté et des projets créateurs, cette fierté et cette dignité dans la responsabilité, jointes à une grande délicatesse de cœur, tout cela devient un jour expérience de la souffrance, constat des limites physiques et morales, et bien vite dépendance totale des autres. Expérience de l’humilité, grandeur du mystère de la croix.

Car au cœur de cette épreuve, il y a le Bien-Aimé Frère et Seigneur Jésus, dans la force de sa croix et la promesse de sa résurrection. J’ai beaucoup admiré, au long de sa maladie, cette confiance, même douloureuse, et cet abandon courageux ; dans la ligne spirituelle d’Anne de Croze, dont nous parlions souvent, et qui a marqué son itinéraire spirituel, au cœur de la nuit.

Richesse de ce mystère, dit St Paul : Christ au milieu de vous, l’espérance de la gloire. C’est le but de mon labeur, mené avec sa force qui agit en moi.

La gloire de la croix, dans la vie d’une Sœur de l’Union Chrétienne, c’est un beau message pour notre Église.

2 – C’est une histoire d’amour que le mystère pascal.

C’est pourquoi la parole de Jésus à ses apôtres, au soir du Jeudi-Saint, est pour nous tous une belle référence. Plus qu’une référence, elle nous parle du cœur du Christ et nous donne en même temps l’horizon de notre vie chrétienne.

L’École Française, ce courant spirituel basé sur l’expérience d’hommes et de femmes qui vivaient un grand amour de Jésus et de l’Église, a mis l’accent sur les "états" du Verbe Incarné, et sur son cœur d’homme et de Dieu, qui bat pour le salut du monde. Sr Béatrice a été nourrie de cette spiritualité, comme les Sœurs de nombreuses Congrégations ici présentes. Cette marque, à la fois mystique et apostolique, est celle de la priorité de l’amour vécu dans toute l’existence.

"Demeurez dans mon amour". Ce n’est pas pour rien que beaucoup de Sœurs choisissent ce texte de St Jean pour célébrer leur engagement ou leur jubilé. Il exprime l’appel du Christ dans son grand commandement, la réponse du disciple par la fidélité engagée chaque jour, et en même temps la réponse du Christ lui-même, par la promesse de la joie.

"Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime". Cet amour a conduit le Seigneur Jésus à l’offrande eucharistique de sa vie, à la plénitude de sa réponse au Père, dans le feu de l’Esprit. La vie consacrée, que Dieu a donnée à son Église, est au milieu de nous le signe de cet amour pascal du Christ et le signe de la grâce trinitaire, vécue au cœur de l’Église.

"Pas de plus grand amour…" Ce n’est pas révéler un secret que de dire aujourd’hui que l’amour de Sr Béatrice pour son bien-aimé Seigneur était la grande lumière et la vraie force de sa vie. Sa joie d’aller à la rencontre de Jésus, dans la prière quotidienne, était visible. Mais elle a connu depuis quelques années l’épreuve des ténèbres : où est le Seigneur, quand tout semble se déliter dans notre être, quand la nuit prend la place de la lumière ? Heureusement, il y avait la présence des Sœurs, qui était un signe d’amour qui ne trompe pas.

Pas de plus grand amour que de donner sa vie, aussi, pour les Sœurs qu’on aime, y compris aux moments les plus difficiles de son mandat du supérieure. Béatrice a reçu cette grâce d’aimer beaucoup ses Sœurs, même quand elles étaient pour elle source de déception et de souffrance. Pas de jugement ou de critique, pas d’exclusion de son cœur, mais une immense tendresse pour chacune, ce qui ne l’empêchait pas d’exprimer ses désaccords, même si elle devait en souffrir.

Vraiment, quand le Seigneur Jésus appelle quelqu’un, c’est parce qu’il l’aime, mais c’est surtout pour qu’il aime. Et l’appelé n’est plus seulement serviteur ou servante ; il devient l’ami, il devient le frère ou la sœur du Seigneur lui-même, puisque son cœur est rempli d’amour. Alors, une vie ainsi donnée chante vraiment la gloire du Père, puisque la gloire de Dieu notre Père, comme nous aimons le chanter, c’est que nous soyons unis à la croix de son Fils, c’est que nous demeurions dans l’amour du Christ et que nous portions, dans l’Esprit-Saint, beaucoup de fruit.

Avec Sr Béatrice, nous sommes dans cet amour de la Trinité, et nous offrons le sacrifice de notre sœur, dans le Sacrifice du Seigneur Jésus, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

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♦ L’au revoir de Nicole Tribot, au nom des paroissiens et amis de Bures-sur-Yvette et des Ulis

A DIEU à Béatrice le 1er juillet 2008 (28-06-08)

Eglise Saint Matthieu (Bures-sur-Yvette) Béatrice,

C’est l’amitié et l’affection de tes amis Ulissiens et Buressois qui nous rassemble autour de toi, ta famille et tes Sœurs.

Nous te disons MERCI pour la fidélité de ton amitié :

A Bures et aux Ulis, tu as tissé des liens solides avec toutes les générations.

Tu as partagé les joies mais aussi les moments plus difficiles… tu as su écouter et te rendre disponible.
Tu as lancé des jeunes et des adultes en responsabilité et tu les as soutenus.
Tu étais une maîtresse-femme et ton dynamisme, tu l’as employé pour le service de la mission.

Tu as aussi accepté cette maladie, non comme une fatalité mais comme un aléa de la vie... sans révolte.
Tu as souffert de la dépendance, mais tu as toujours offert et prié : tes deux mots étaient "je suis sereine et paisible".

Béatrice,

Tu es partie la nuit... la nuit est remplie de signes... elle donne une lumière indispensable et propose une espérance.

Dieu a peut-être surgi sous forme de murmure... comme un cadeau.
La foi est comme une source... elle coule mais c’est de nuit.
Eglise Saint Matthieu (Bures-sur-Yvette)
Désormais, ce n’est plus le soleil qui sera la lumière du jour,
Ce n’est plus la lune, avec sa clarté,
qui sera la lumière de la nuit,

C’est le Seigneur qui sera pour toi la lumière de toujours...
C’est Ton Dieu qui sera ta splendeur.

C’est donc tristes et sereins que nous te disons au revoir.

Nicole Tribot


NB - Les deux photos de l’église de Bures sont empruntées au site de la paroisse St Matthieu de Bures-sur-Yvette

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ci-dessous, documents joints


Documents joints

Mot d'accueil (Sr Louise)
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Homélie (Père Pouplin)
Homélie (Père Pouplin)
A Dieu (N. Tribot)
A Dieu (N. Tribot)

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7 janvier 2012 - 

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